Après la chine et le pétrole, l’inquiétude focalise les banques européennes

Les thèmes d’inquiétude des marchés sont nombreux depuis plus de six mois. Ralentissement de la croissance chinoise, risque de dévaluation de la devise chinoise, prix du pétrole en berne, ralentissement de la croissance mondiale… S’ajoutent depuis le début 2016 les craintes sur la solidité des banques européennes. De fait, le 9 février 2016, les valeurs bancaires européennes  perdaient 27% depuis le début de l’année emmenées  par les banques italiennes (UniCredit : -46%, Intesa Sanpaolo : -30%), entrainant dans leur sillage les banques allemandes (Deutsche Bank : -41%) mais aussi françaises (Société Générale : -32%.)

Le fait déclencheur de ces craintes est le risque de défaut de paiement des entreprises du secteur de l’énergie et plus spécialement de l’extraction de pétrole de schistes aux Etats-Unis. De nombreuses sociétés pétrolières se sont endettées aux Etats-Unis pour investir dans l’exploitation de gaz et pétrole de schiste. Un baril de pétrole à 30 dollars leur fait perdre toute rentabilité et risque de les conduire à la faillite. Mais que viennent faire les banques européennes dans cette affaire ?

La réponse à cette question est difficile, car on ne sait pas qui détient la dette des sociétés pétrolières en difficulté. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le Fonds Monétaire International (FMI) tire régulièrement le signal d’alarme sur les risques pesant sur les banques européennes. Ainsi, dans une note technique de mars 2013, intitulée « Progress with bank restructuring and resolution in Europe », le FMI indiquait que « beaucoup d’obstacles gènent la restructuration et la résolution et des progrès doivent être réalisés de manière urgente ». De quoi s’agit-il ? Il s’agit de ce que le FMI appelle Prêts Non Performants, autrement dit des créances douteuses.

Dans un rapport publié le 24 septembre 2015, le FMI s’inquiétait de l’explosion de ces créances douteuses, les estimant à 1 000 milliards d’euros, deux fois plus qu’en 2009. Dans ce même rapport, le FMI jugeait que cette augmentation menaçait la solidité des banques européennes.

Pourquoi cette augmentation des créances douteuses en Europe ? Parce que, toujours selon le FMI, « les effacements de créances dans les banques européennes sont bien plus faibles qu’aux Etats Unis ». Le FMI explique ce fait par des « obstacles structurels » et une « supervision insuffisamment poussée » qui laisseraient les banques conserver dans leur bilan ces créances douteuses « pour une période plus longue que nécessaire. » Les problèmes structurels sont, par exemple, l’absence d’harmonisation européenne des règles concernant les saisies.

La conséquence du problème pointé par le FMI est que ces créances douteuses limitent la capacité des banques à prêter aux entreprises. Or, en Europe 80% des entreprises se financent par l’intermédiaire des banques et 20% des marchés. Aux Etats Unis c’est l’inverse. C’est pourquoi, dans son rapport du 24 septembre 2015, le FMI affirme que « la réduction urgente du volume des créances douteuses est, par conséquent, cruciale pour soutenir la progression des crédits, spécialement pour les petites et moyennes entreprises qui sont davantage tributaires des banques pour leur financement.

Dans son rapport semestriel d’Avril 2014 sur les risques financiers mondiaux (Global Financial Stability Report) le FMI indique qu’en Italie entre 20 et 30% des entreprises ne dégagent pas les liquidités suffisantes pour acquitter les seuls intérêts de leurs dettes. En Espagne et au Portugal c’est 30 à 40%. Au nord de l’Europe, la situation est meilleure avec 15% « seulement » des entreprises françaises et allemandes. La difficulté est que les informations sur la situation des banques européennes ne nous viennent pas des banques elles-mêmes, mais du FMI, par exemple. D’où la crise de confiance actuelle sur le système bancaire européen. Les banques européennes communiquent peu sur leurs créances douteuses, elles ne s’attaquent pas à ce problème en effaçant ces créances qui leurs feraient essuyer des pertes. Enfin, les taux d’intérêts très bas, voire négatifs, sont un élément supplémentaire de crainte sur la rentabilité du système bancaire européen.

Eric Sabrié

CTA investir prudemment sur les marchés financiers

Sources :

https://www.imf.org/external/french/

http://www.investkeeper.com/blog/placement/

http://www.investkeeper.com/baisse-petrole/

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