Baisse du pétrole : Les compagnies boivent la tasse

Le 16 février dernier, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Russie et le Venezuela annonçaient une promesse d’accord pour la prochaine réunion des pays membres de l’OPEP à Doha. Cet accord porterait sur le gel pur et simple de la production de pétrole en provenance des pays de l’OPEP, permettant de désengorger le marché pour permettre au prix de l’or noir de se stabiliser. Le même jour, le CAC 40 gagnait près de 3% … Quelles sont les raisons de la baisse du pétrole ?

La base du problème étant une surabondance de l’offre par rapport à la demande mondiale, un accord potentiel sur un ralentissement de la production des pays les plus fertiles en pétrole s’annonçait comme un point très positif. Néanmoins, le sommet de Doha n’aura pas tenu cette promesse. Les tensions géopolitiques entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, qui ne voit aucune raison de geler sa production pétrolière, n’auront pas permis aux intervenants de s’entendre. On est donc en droit de s’attendre à une poursuite de la volatilité sur le prix du pétrole. Et donc, à une poursuite de la volatilité sur les marchés.

Une volatilité liée à la santé des entreprises du secteur, un facteur de la baisse du pétrole

L’évolution du cours du pétrole n’a historiquement que rarement été corrélée à celle des indices boursiers. Et pourtant, depuis fin 2015, cette corrélation se renforce. Le 16 février 2016 n’est qu’un exemple du niveau de sensibilité actuel des marchés financiers, aux sautes d’humeur du cours de l’or noir.

Il y a bien sûr de multiples raisons expliquant cette corrélation, et le but de cet article n’est pas de les énumérer. On va se focaliser ici sur les entreprises pétrolières. Très logiquement, un pétrole bas n’est pas une bonne chose pour les entreprises productrices, cela signifie qu’à coûts de production équivalents, elles doivent vendre leur marchandise moins chère. Donc, quand le prix du pétrole baisse, les entreprises pétrolières se portent moins bien, et leurs actions baissent. Cela tire les indices boursiers vers le bas …

A titre d’exemple, les analystes ont rapporté des profits en baisse pour les entreprises composant le S&P 500, de -5.8% sur l’année 2015. Si on retire les entreprises du secteur pétrolier, ces profits auraient été en hausse de 5.7% sur l’année.

Enfin, rappelons tout de même que la première capitalisation boursière du CAC 40 n’est autre que Total …

Poussons notre réflexion plus loin !

Cette fluctuation des prix n’est cependant pas nouvelle. On peut raisonnablement se dire que des entreprises spécialisées dans le secteur de l’or noir, ont trouvé un moyen de se protéger contre la volatilité du cours du baril !

Cette protection, qui s’appelle en réalité « couverture » fonctionne sur un principe assez simple :

Prenons une société pétrolière X qui fait un profit optimal pour un baril à $50. Cette société anticipe que la baisse du pétrole puisse se rapprocher des $40 le baril à horizon six mois. Si elle ne fait rien, elle devra réduire ses marges et donc son bénéfice. La société X va donc mettre en place un contrat avec ses acheteurs pour fixer, dès à présent, le prix de vente de son produit dans six mois. Cette manœuvre est rendue possible via des produits boursiers complexes (contrats à termes, swaps et options pour ceux qui veulent approfondir…).

Maintenant disons qu’au bout de sept mois, le prix du baril a baissé jusqu’à atteindre $27.24 (c’était le cas en février 2016). Cela veut dire que X, qui vendait encore son baril $50 grâce à sa couverture, va devoir réajuster son prix à celui du marché … et donc encourir une baisse de 50% de son prix de vente !

Ce cas théorique est néanmoins une réalité. Les grosses entreprises pétrolières doivent faire face à l’échéance de leurs couvertures, et s’adapter pour ne pas voir leurs marges réduire encore plus. Cela pèse sur leurs bénéfices, et donc sur le cours de leur action. Par effet boule de neige, cela contribue donc bien à la baisse des indices.

Mathias François-Dourthe, Auteur de l’article

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