BCE

Le jeudi 10 mars 2016 marquera-t-il l’histoire récente des marchés financiers européens ?

Tout le monde attendait de connaître l’étendue du nouveau paquet de mesures de soutien, annoncé par Mario Draghi, le gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE).

Allait-il être à la hauteur ? Allait-il décevoir les marchés comme plus tôt en 2016 ?

Qu’en est-il de ses nouvelles mesures ? Et surtout, auront-elles un vrai impact pour relancer des marchés financiers, qui ont aujourd’hui bien du mal à retrouver de la vigueur ?

« Super Mario » à la rescousse

Il est indéniable que, le 10 mars, Mario Draghi et son Conseil des gouverneurs n’ont pas déçu. Les mesures annoncées dépassent les attentes des marchés financiers.

Il y en a plusieurs, certaines attendues, mais surtout quelques-unes qui ont été de vraies surprises.

Le taux de dépôt baisse de nouveau. Ce fameux taux représente le rendement, qu’une banque de l’Union Européenne, peut retirer d’un dépôt de liquidités auprès de la BCE. Ce taux était rentré en territoire négatif en juin 2014, depuis il ne cesse d’être abaisser par l’institution de Francfort.

Depuis le 10 mars, il affiche -0.40%. Concrètement, une banque ou une institution financière, faisant un dépôt auprès de la BCE, devra payer 0.40% d’intérêt par an à l’institution.

Le but est très clair. La banque centrale veut dissuader ses institutions de déposer des liquidités chez elle, et souhaite rediriger ce flot vers l’économie réelle, sous la forme de prêts octroyés par les banques aux particuliers et aux entreprises.

Le taux de refinancement passe de 0.05% à 0%. Cette mesure, bien qu’inattendue, reste symbolique. Ce taux représente le taux d’intérêt d’un emprunt concédé par la BCE, aux banques de la zone euro. Les banques peuvent donc aujourd’hui emprunter gratuitement de l’argent … Plutôt pas mal !

L’objectif est, une nouvelle fois, de favoriser l’économie réelle. La logique de Mario Draghi est qu’une banque qui peut s’endetter très facilement, sera plus encline à prêter à des taux faibles. Cette logique avait su se confirmer depuis 2014, nous vivons après tout une ère de taux d’emprunts très bas.

Le problème de cette mesure est que maintenant, les marchés savent que le Conseil des gouverneurs ne pourra plus baisser ce taux. Donc ici, comme le dicton anglais le veut, All bets are off.

La Banque Centrale Européenne annonce quatre nouvelles opérations TLTRO.
Cette annonce est conséquente, sans doute la plus importante du 10 mars. Un TLTRO est une opération ciblée, par laquelle les banques de la zone euro, peuvent emprunter de massifs montants de liquidités. Le taux d’intérêt de ses emprunts étant le taux de refinancement. Cela favorise l’endettement bancaire, pour motiver les banques à prêter.

Donc, pour profiter de ses opérations, la condition imposée par la BCE est que la banque doive prêter à l’économie réelle. Une banque ne pourra emprunter plus de 30% de son stock de prêt aux ménages et entreprises.

Jusque-là rien de bien extraordinaire, après tout « Super Mario » avait déjà lancé des opérations de TLTRO en 2014.

La grande nouveauté est que, sous réserve de prêter plus que prévu, une banque pourra emprunter à un taux situé entre, le taux de refinancement (0%), et le taux de dépôt (-0.4%)! Le message de la Banque Centrale Européenne est clair : « Prêtez à l’économie réelle, et nous vous paierons pour continuer »

La BCE pourra maintenant directement financer les entreprises
Fin 2014, Mario Draghi annonçait l’ouverture officielle du Quantitative Easing à l’européenne (QE Z pour les intimes). Cela impliquait que, chaque mois, la banque centrale achèterait pour 60 milliards d’euros d’obligations de pays européens. Les états se financent donc facilement depuis.

Maintenant, l’institution de Francfort pourra faire la même chose pour les entreprises de la zone Euro.

On termine par une augmentation du QE Z.
La mesure était attendue par les marchés depuis le début de l’année. Mario Draghi vient donc de lui faire prendre corps. A partir de maintenant, la Banque Centrale Européenne n’achètera plus 60 milliards d’obligations d’Etat, mais 80 milliards d’euros par mois.

De l’utilité de ses mesures …

Les annonces du 10 mars étaient donc conséquentes. Et pourtant, dans la même journée, le CAC 40  a avoisiné les 3% de hausse … Juste avant de clôturer en baisse de 1.7% !

Les opérateurs de marché se disent-ils que la Banque Centrale Européenne perd de son influence ?

Après tout, cela fait maintenant plus d’un an que nous sommes sujets à une politique monétaire extraordinaire, dont le but premier est de relancer l’inflation. Or, l’institution de Francfort a abaissé sa prévision d’inflation, qu’elle envisage inférieur ou égale à 0.1%. Rappelons ici que l’objectif est 2% d’inflation, nous en sommes donc très loin.

Les marchés financiers sont donc en droit de se demander si le Quantitative Easing européen sert à quelque chose ? Il est indéniable qu’il a permis aux taux d’emprunt de baisser, favorisant donc les achats immobiliers des particuliers. Mais le problème reste que les entreprises de la zone Euro, garantes de la création d’emplois, ne souhaitent pas emprunter.

Ce n’est pas en dynamisant l’offre que l’on va motiver une demande faible.

Au final, le CAC 40 aura profité, le vendredi 11 mars, de l’annonce de Mario Draghi. Mais ce phénomène aura été de bien courte durée, ce qui traduit un gros doute des opérateurs de marché. La Banque Centrale Européenne pourra baisser son taux de dépôt encore plus, et injecter encore plus d’argent dans les banques, si les différents gouvernements ne favorisent pas la croissance des entreprises, la demande de crédit restera faible … Et le bazooka aura donc l’effet d’un pétard mouillé.

La confiance n’est pas non plus au beau fixe au sein même de la banque centrale, puisque commence à circuler l’idée de « monnaie hélicoptère ». Si même Mario Draghi reconnaît publiquement envisager de prêter de l’argent directement à l’économie réelle, on est en droit de se demander s’il a confiance dans l’efficacité de ses dernières mesures.

Mathias François-Dourthe

Mathias François-Dourthe, Auteur de l’article

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