La Fuite des capitaux de Chine

En 2001, la Chine a adhéré à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ouvrant ainsi son économie aux investisseurs étrangers. La Chine n’étant pas, à l’époque, considérée comme une économie de marché, son adhésion prévoyait des dispositions provisoires pour éviter le dumping, ou concurrence déloyale. L’accord prévoyait aussi que ces dispositions provisoires devraient prendre fin en 2016, le temps que le Chine ait réalisé les réformes lui permettant d’être qualifiée d’économie de marché. Est notamment qualifiée de telle, une économie dont les prix ne sont pas manipulés par l’Etat et où les changes sont librement fixés par le marché, sans intervention administrative. 2016 va donc être une année importante, au cours de laquelle il va être décidé si la Chine a réalisé les réformes nécessaires pour être qualifiée d’économie de marché. A ce jour, la position des  Américains est contre et les Européens sont divisés.

Le Yuan chinois est une monnaie administrée, c’est-à-dire dont le cours est fixé par la Banque Populaire de Chine (PBOC), banque centrale qui n’est pas indépendante du gouvernement chinois. Il peut fluctuer par rapport au dollar dans une fourchette de 2% autour d’un taux- pivot déterminé par la PBOC.

Depuis le milieu des années 2000, le Yuan s’est apprécié par rapport au dollar américain. L’appréciation a été de plus de 40% entre 2005 et 2013. Voulue par le gouvernement chinois, pour faire du Yan une monnaie forte, cette appréciation a rendu les exportations chinoises moins compétitives. En contrepartie, elle a favorisé les investissements étrangers en Chine. Attirés par les potentialités gigantesques d’un marché intérieur que le gouvernement chinois voulait voir se développer, les étrangers investissaient en Chine, convertissant leurs dollars en Yuan qui gagnait de la valeur.

Les entreprises chinoises, quant à elles, s’endettaient en dollar, profitant d’une devise qui se dévaluait par rapport à la leur et de taux d’intérêts plus faibles pour les prêts consentis en dollars. Elles étaient particulièrement gagnantes tant que le Yuan ne baissait pas par rapport au dollar. Leur situation devient problématique si le Yuan baisse, leurs revenus étant libellés en Yuan et leurs charges financières en dollars.

Graphique 1 : Evolution Yuan / Dollar (source : Bloomberg)

Depuis le début des années 2000, les excédents commerciaux de la Chine ont permis au pays de se constituer des réserves de change d’une ampleur considérable. Ces dernières sont passées de 155 milliards de dollars en 2000 à près de 4 000 milliards de dollars à la mi-2014, soit une hausse de 2 464% en 14 ans. On vivait alors dans un monde où la Chine exportait ses produits aux Etats Unis notamment, et plaçait ses réserves de change en obligations américaines. Le producteur finançait le consommateur.

Graphique 2 : Réserves de change de la PBOC (en milliards de dollars – source : Banque Mondiale)

A partir de 2014, le Yuan a entamé un mouvement de baisse par rapport au dollar. Cette baisse est corrélée à celle des réserves de la PBOC. La déduction logique de cette corrélation est qu’un mouvement de fuite des capitaux s’est installé en Chine. Les investisseurs chinois et étrangers changent leurs Yuan en dollars, obligeant la PBOC à vendre ses réserves en dollars pour servir la demande de conversion de Yuan. Au niveau intérieur, des mesures ont été prises pour contraindre les Chinois à conserver leurs Yuan. Par exemple, il est interdit aux particuliers de sortir plus de 50 000 dollars par an. Le 18 janvier 2016, la PBOC a annoncé que les institutions financières étrangères présentes sur son territoire devraient désormais conserver un minimum de réserves en Yuan.

Tout est fait pour enrayer la baisse du Yuan. Car la fuite des capitaux de Chine a un impact sur l’économie mondiale. Le minikrach boursier d’août 2015, provoqué par une dévaluation du Yuan n’a pas eu l’effet habituel des krachs sur les obligations d’Etat. En général, une baisse des actions entraine une fuite vers la qualité que représentent les emprunts d’Etat. La demande massive d’emprunts d’Etat ainsi créée fait baisser leurs taux d’intérêts. Cela n’a pas été le cas à l’été 2015, une explication étant que la PBOC a vendu des emprunts d’Etats américains pour faire face à la demande de conversion de Yuan en dollars.

Il s’est créé, en 2015, un cercle vicieux où la baisse du Yuan alimente une fuite des capitaux, qui elle-même entraîne la baisse du Yuan. Selon Bloomberg Intelligence plus de 1 000 milliards de dollars auraient quitté la Chine en 2015. En décembre 2015, les réserves de la PBOC ont baissé de 108 milliards de dollars, pour atteindre 3 300 milliards. A ce rythme, les réserves que la PBOC a mis 15 ans à constituer seront épuisées dans 30 mois, soit à la mi-2018.

2016 est une année capitale pour la Chine, qui doit non seulement renégocier les conditions de son adhésion à l’OMC, mais aussi maintenir la crédibilité du Yuan qui devrait intégrer, en septembre 2016, le cercle restreint du panier de devises de référence du FMI (dollar, Euro, Livre Sterling et Yen.) Difficile dilemme pour les autorités chinoises, qui doivent ouvrir leur système de change, tout en maintenant le Yuan stable, malgré de très fortes pressions baissières.

Eric Sabrié

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Source(s):

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