Placement sur la bourse chinoise

L’économie chinoise traverse une « transition difficile à réaliser, mais essentielle pour que la croissance soit soutenue […] Il faut mettre en place une transition vers plus de services si vous voulez garder une économie qui croît et crée des emplois »

Cette citation de Ben Bernanke, l’ancien président de la Réserve Fédérale Américaine, en dit long sur le challenge auquel doit faire face la Chine. Cela fait plus de cinq ans que la croissance du pays ralentit. Il en va de même de la croissance de sa production industrielle, et de ses ventes au détail (composante cruciale pour la demande intérieure !). Face à ce constat, et à une croissance mondiale en baisse, les autorités chinoises n’ont pas d’autre choix que de réformer leur modèle économique ; Il faut passer d’une croissance soutenue par le commerce extérieur et la production industrielle, à une motivée par  la consommation domestique. De surcroît, le gouvernement de Pékin souhaite plus orienter son économie vers les services.

Graphe n°1 : Croissance globale et croissance des ventes au détail.

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Parmi les nombreux indicateurs macroéconomiques existants, celui qui devrait inquiéter est l’indice PMI du secteur des services. Pour mémoire, il s’agit d’un indicateur avancé, c’est-à-dire prédictif, de la croissance (ou de la contraction) du secteur des services dans une économie.

Graphe 2 : L’évolution du PMI du secteur des services chinois.

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Cet indicateur est préoccupant. L’objectif du gouvernement chinois est d’augmenter la productivité du secteur des services, pour permettre à son économie de se recentrer sur la demande interne. Nous savons qu’un PMI au-dessus de la barre des 50 indique une croissance prévisionnelle du secteur, alors qu’un PMI en dessous renvoie par contre à une contraction potentielle. Même si l’indice chinois est, depuis cinq ans, en territoire de croissance, la fin d’année 2015 montre une dangereuse proximité avec la limite … Malgré les efforts déployés par le gouvernement pour faciliter la transition économique !

D’un autre côté, en 2015, le secteur des services représentait 50% de la croissance annuelle chinoise. L’économie chinoise dépendait donc plus de ce secteur. Néanmoins, l’indice PMI montre que celui-ci a eu une croissance de moins en moins significative. La déduction logique est de penser que la baisse de la croissance dans le secteur industriel, et manufacturier en général, n’a pas été compensée par l’augmentation de la croissance dans le secteur des services. Cette conclusion se retrouve dans les graphes ci-après.

Graphe 3 : Croissance globale  et croissance de la production industrielle.

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Graphe 4 : Evolution de l’indice PMI manufacturier chinois.

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La vraie question est donc de savoir combien de temps cette transition prendra-t-elle ? Et si elle est bien responsable de la trajectoire prise par la croissance chinoise qui, sur le dernier trimestre 2015, affichait 6.8% (taux annualisé) ?

La Chine ne vivrait-elle pas une évolution économique naturelle, ayant trop produit trop rapidement, en favorisant une croissance à deux chiffres intenable pendant des années ?

La Chine fait également face à un problème monétaire

En août 2015, la Banque Populaire de Chine (PBOC) a changé le mode d’évaluation de sa monnaie, le yuan. En a résulté une dévaluation assez brutale, qui a duré environ 48 heures.

Depuis, la monnaie suit une tendance baissière par rapport au dollar américain, ce qui nuit à la santé économique du pays, via deux canaux.

Le premier est l’endettement des entreprises chinoises. En effet, depuis 2009, ses entreprises profitaient des taux américains très bas pour émettre des obligations en dollars. Aujourd’hui, ces obligations coûtent de plus en plus chères, car les entreprises doivent payer des intérêts en dollars, alors que leurs revenus sont en yuan. A titre de comparaison, près de 25% de la dette « corporate » chinoise est émise en dollars alors que 91.5% des revenus d’entreprises chinoises sont en yuan.

Le second est la fuite des investisseurs. Dans un environnement rythmé par, d’un côté la remontée des taux américains, et de l’autre la dévaluation du yuan, les investisseurs redirigent leurs capitaux vers des actifs en dollars.

Ce deuxième canal s’est intensifié depuis l’épisode d’août 2015, et l’intervention surprise de la PBOC dans le marché des changes. La valeur du yuan est très contrôlée par la Banque Populaire de Chine, car elle dépend de la valeur d’un « taux pivot » décidé par Pékin. Si cela était exact avant août 2015, cédant face aux pressions du Fond Monétaire International qui l’accusait de dévaluer sa monnaie pour motiver les exportations du pays, la PBOC a changé la méthode de calcul de ce taux pivot. La nouvelle méthode est censée prendre plus en compte l’offre et la demande, et les évolutions de différentes monnaies étrangères, autres que le dollar qui était déjà dans le viseur de Pékin.

Le problème de ce changement est que le yuan s’est retrouvé confronté aux doutes des investisseurs sur la stabilité de la Chine, et donc à une dévaluation continue. Ce mouvement baissier avait commencé par les deux baisses consécutives du taux pivot, orchestrées par la PBOC après août 2015, et devait se continuer par le reflux des capitaux étrangers vers des actifs en dollars.

La banque centrale chinoise s’est ensuite rendue compte du danger de laisser sa monnaie à la merci des marchés, et a donc décidé d’injecter de massifs montants de dollars dans le marché mondial, entraînant d’ailleurs la fonte de ses réserves de change à $ 3. 4 trillions, le point le plus bas en deux ans. Cela n’a d’ailleurs pas suffit pour renverser la tendance baissière du yuan, on se demande donc ce qu’il en sera en 2016 ?

Graphe 5 : Evolution du change yuan/dollar.

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En août 2015, un changement dans la manière de valoriser le yuan avait enrhumé le marché boursier chinois, et le virus s’était instantanément propagé à nos propres marchés. Depuis le début de l’année 2016, la maladie a empiré.

L’économie chinoise est donc fragilisée en ce début d’année, et les marchés financiers n’aiment pas ça. Mais, comme Ben Bernanke nous l’explique, le pays n’a d’autre choix que d’aller de l’avant. Il faudra donc rester vigilant, et regarder du coin de l’œil l’évolution de la dette du pays et de ses entreprises (libellée en dollars), alors que nous rentrons dans une année où pas moins de quatre remontées des taux américains sont d’ores et déjà prévues par la Réserve Fédérale.

Mathias François-Dourthe

experts investkeeper

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