Pourquoi le pétrole fait baisser le cours des actions ?

Les cours du pétrole baissent depuis près de deux ans. Le Brent est ainsi passé de $114.91 le 19/06/2014, à $57.56 le 31/12/2014 et à $31,61 le 11/01/2016. Depuis la mi-juin 2014, la baisse est de plus de 70% et le pétrole est à son plus bas depuis douze ans. Quelles sont les raisons de cette baisse ?

  • Une augmentation de la production due à l’exploitation du pétrole de schiste aux Etats-Unis,
  • Une incapacité des pays membres de l’OPEP à trouver un accord pour réduire leur offre et faire remonter les prix,
  • L’arrivée prochaine du pétrole iranien sur le marché, suite à la fin des sanctions économiques contre ce pays.
  • Les doutes sur la demande chinoise de pétrole, suite au ralentissement de sa croissance.

Début 2015, la baisse des prix du pétrole enchantait les marchés. On parlait  à l’époque d’alignement des planètes, la baisse du prix du baril ($57,56 le 31/12/2014) devant stimuler la consommation, donc la croissance. Début 2016, avec un baril de brent à $37,61 il en est tout autrement, puisque la baisse du pétrole effraie les marchés les entrainant dans sa chute. Pourquoi cette évolution ?

Cours du Brent (source : Bloomberg)

Selon Eric Galiègue, du Cercle des Economistes indépendants, il existe une « zone de confort » au sein de laquelle les variations du cours du pétrole ont peu d’impact sur les autres marchés.  Cette zone se situe dans la fourchette comprise entre $50 et $90 le baril, avec un point moyen à $70. Dans cette fourchette, la facture pétrolière représente 3,5% du PIB mondial. L’exploitation de la plupart des puits de pétrole est rentable, les compagnies pétrolières investissent, les pays producteurs de pétrole recyclent leurs pétro dollars dans les économies occidentales.

Lorsque le cours du baril excède $90, ce qui fut le cas en 2008 et entre 2010 et 2014, la facture pétrolière avoisine les 5% du PIB mondial, constituant un frein à la consommation et à la croissance. En revanche, un tel cours est favorable à l’investissement, tant dans la recherche pétrolière, que dans les énergies renouvelables.

Depuis l’été 2015, le baril a crevé le plancher des $50. A ce niveau de cours, de nombreux puits ne sont plus rentables. Des inquiétudes se font jour sur le risque de faillite des sociétés qui ont investi dans le secteur pétrolier, en particulier aux Etats Unis. Or ces sociétés sont souvent lourdement endettées. Des pays comme l’Algérie, le Vénézuela ou le Brésil sont déstabilisés et risquent le défaut de paiement. L’Arabie Saoudite a annoncé un déficit budgétaire de 21% de son PIB en 2015. Les pays producteurs de pétrole n’investissent plus dans les économies occidentales, réduisant la liquidité des marchés. Les marchés étant mondialisés, une faillite ou un défaut de paiement pourrait avoir un effet identique à la crise de 2008.

Plus inquiétant encore, les tensions géopolitiques n’ont pas d’impact sur le cours du baril, qui a poursuivi sa chute après la rupture des relations diplomatiques entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Ceci est interprété comme le signe d’un fort ralentissement de la demande mondiale, donc de la croissance. Ce ralentissement de la demande est confirmé par l’annonce, le 13 janvier par le ministère de l’Energie américain, d’une augmentation significative des stocks de brut et de produits raffinés sur le début de l’année.

Rien ne semble donc arrêter la chute des cours du pétrole annonciatrice d’une « panne » de la croissance mondiale. Or, dans un contexte de surendettement, l’économie mondiale a plus que jamais besoin de croissance, de sorte de permettre aux acteurs économiques et singulièrement aux Etats de disposer des recettes nécessaires au service de leur dette. C’est cette « panne » de la croissance que les marchés redoutent, d’où la baisse constatée en ce début d’année.

Eric Sabrié

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