Quelles perspectives pour les retraites complementaires

D’après une étude de 2015 de l’institut CSA et du Cercle des Epargnants, 61% des Français sont inquiets pour leur retraite. 60% d’entre eux considèrent le financement des retraites comme le sujet prioritaire, devant l’assurance maladie ou encore des allocations chômage par exemple. Les récentes négociations entre les partenaires sociaux à l’automne 2015 pour l’avenir des retraites complémentaires ont démontré toute la tension que dégage le sujet.  Les Français ont-ils raison d’être inquiets ?

Quelle évolution pour la valeur du point et le salaire de référence ?

Les graphiques ci-dessous montrent l’évolution de l’inflation et de la valeur du point et du salaire de référence (i.e. prix d’acquisition du point) des retraites complémentaires ARRCO et AGIRC.

agirc - arrco

Premier constat : l’évolution du salaire de référence, autrement dit la valeur d’acquisition d’un point de retraite complémentaire, a été chaque année – à une exception près – supérieure à celle de la valeur du point. Autrement dit, le prix d’achat du point augmente plus vite que l’inflation qui elle-même augmente plus vite que la valeur du point (ARRCO ou AGIRC). Les points ARRCO ou AGIRC sont de plus en plus onéreux en proportion de la rente procurée.

Deuxième constat : cette tendance (i.e. progression du salaire de référence > progression de la valeur du point) s’accélère substantiellement en 2016, alors que le niveau de l’inflation ces dernières années (autour de 0%) ne laissait pas instinctivement présager d’une véritable augmentation du salaire de référence.

On a là une véritable illustration de la difficulté à maintenir un niveau de pension constant et à contenir l’évolution démographique, c’est-à-dire l’accroissement du nombre de retraités à rémunérer.

Evolution du plafond de la Sécurité Sociale

Le graphique suivant compare l’évolution du plafond de la Sécurité Sociale avec l’évolution du salaire moyen brut en France.

salaire brut moyen

La réflexion à tenir est la suivante : si le plafond de la Sécurité Sociale augmente plus vite que le salaire moyen brut, l’assiette retenue pour le calcul des retraites complémentaires diminue. Pourquoi ? Parce que le taux de cotisation est supérieur pour la part du salaire supérieure au plafond de la Sécurité Sociale, que ce soit à l’ARRCO qu’à l’AGIRC.

L’illustration est ici flagrante : l’assiette de cotisation diminue depuis 2002 sans exception. Les droits à retraite issus de l’ARRCO et de l’AGIRC sont donc de plus en plus faibles d’années en années.

Objectif 2019 : l’accord du 30 octobre 2015

Le patronat et une partie des syndicats se sont entendus le 30 octobre dernier sur un accord  « national interprofessionnel » visant à sauver le régime des caisses de retraites complémentaires. Cet accord offre un aperçu de l’avenir de l’ARRCO et de l’AGIRC. Les principales mesures sont les suivantes :

  • Pour les personnes demandant leur retraite à partir du 1er janvier 2019, il existe un bonus-malus suivant l’âge de départ : minoration de 10% par année de retraite avant 67 ans (pendant maximum 3 ans) et majoration si le départ à la retraite intervient après 67 ans (voir notre article : « AGIRC : quel fonctionnement »). Cette disposition doit inciter les actifs à travailler plus longtemps.
  • La valeur du point ne pourra désormais augmenter que de l’inflation moins 1% sans toutefois pouvoir diminuer. Les pensions de retraite de l’AGIRC et ARRCO vont donc diminuer en euros constant.
  • Jusqu’en 2019, l’évolution du salaire de référence sera fixée en fonction du salaire moyen des ressortissants de l’AGIRC et de l’ARRCO : elle suivra l’évolution de ce salaire moyen avec une majoration de 2%.
  • La cotisation AGFF (Association pour la gestion du fonds de financement de l’Agirc et de l’Arrco) apparait pour la tranche C de l’AGIRC, jusque-là exonérée. Cette cotisation finance les départs en taux plein avant 65 ans. Son augmentation doit permettre de faire face à l’augmentation du nombre de retraités.
  • Enfin, les caisses AGIRC et ARRCO vont fusionner à compter du 1er janvier 2019. Les partenaires sociaux espèrent ainsi maintenir le régime en vie en baissant les dépenses de gestion de 300 millions d’euros d’ici fin 2022, notamment grâce aux économies d’échelles.

Les mesures prises pour l’« après-fusion » ne portent pas non plus à l’optimisme, comme par exemple l’augmentation du taux d’appel des cotisations de 125% à 127% à partir du 1er janvier 2019. La part du taux d’appel supérieure à 100% est la part des cotisations qui ne rapportent aucun point de retraite. A 100€ de cotisation rapportant des points de retraite il faudra donc ajouter 27€ supplémentaires contre 25€ avant.

Globalement l’accord dessiné est une bouée de sauvetage bienvenue pour la santé financière de l’AGIRC-ARRCO, et doit maintenir le système en vie au moins à moyen terme. Néanmoins les ressortissants actuels des caisses complémentaires sont les premiers à devoir financer la réforme et les perspectives pour le niveau de leur pension de retraite apparaissent bien plus sombres que celles de leurs aînés. La nécessité de créer du complément de revenus non lié aux salaires semble in fine de plus en plus indispensable…

Grégoire Charvériat

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